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EXPO — TATANUA: Visages de l'Invisible


Une exposition incroyable d’objets océaniens qui fascinaient les artistes européens du début du XXème siècle vous attend dans la galerie de la Villa Cachée.

Pour André Breton, Paul Éluard, Pablo Picasso ou Max Ernst l'art océanien incarnait concrètement ce que le surréalisme cherchait à atteindre : une pensée qui n'opère pas de séparation entre le monde visible et l'invisible, entre les vivants et les morts, entre le réel et le rêve.

Les masques 𝗺𝗮𝗹𝗮𝗴𝗮𝗻, avec leurs formes entrelacées, leurs êtres hybrides mi-humains mi-animaux, leur capacité à contenir simultanément plusieurs entités, correspondaient exactement à l'esthétique de la fusion et de la métamorphose que les surréalistes exploraient par d'autres voies.

Au nord de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, sur l'île de Nouvelle-Irlande, les cérémonies funéraires 𝗺𝗮𝗹𝗮𝗴𝗮𝗻 donnaient naissance à certaines des créations les plus saisissantes de l'art océanien.

Mêlant sculpture et peinture aux motifs d'une complexité virtuose, ces œuvres se distinguent par la liberté de leur composition et la subtilité de leurs imbrications. Figures humaines et animales - poissons, oiseaux, serpents - s'y fondent et s'entremêlent jusqu'à constituer des êtres imaginaires ancrés dans la profondeur des mythes.

Parmi elles, le masque 𝘁𝗮𝘁𝗮𝗻𝘂𝗮 occupe une place d'exception.

Sculpté dans le bois léger de l'Alstonia scholaris, le visage est peint en ocre rouge, jaune, noir et blanc selon des motifs géométriques d'une précision remarquable. Les yeux sont sertis d'opercules de coquillage Turbo petholatus, dont le nacré capte la lumière avec une intensité troublante.

La bouche entrouverte découvre des dents peintes, signe de beauté et de vitalité selon les canons esthétiques de Nouvelle-Irlande. De grandes oreilles très stylisées, sculptées et peintes, avec parfois des tiges ouvragées jaillissant de la bouche, viennent amplifier la puissance expressive de l'ensemble.

Une imposante coiffe couronne le tout. Installée sur une armature de canne, elle est garnie de fibres végétales surmontées d'une crête comme une touffe teintées en jaune-orange vif, qui accentue la stature du danseur et évoque la coiffure portée par les hommes en deuil, que se sont rasé chacun des côtés du crâne.

La cérémonie 𝗺𝗮𝗹𝗮𝗴𝗮𝗻 est destinée à honorer un mort et sa famille. Le masque 𝘁𝗮𝘁𝗮𝗻𝘂𝗮 est « dansé » par un proche du défunt pour représenter son âme et la congédier vers le monde des esprits.

Dans cette autre dimension, peuplée de l'âme de ses ancêtres, le défunt sera en mesure d'assurer la protection des siens et de les guider dans leurs choix de vie.

Célébrée un à cinq ans après le décès, la cérémonie met un terme à la période de deuil. On y tue le cochon, on danse avec des masques, on chante, on joue du tambour à fente, et l'on dévoile les sculptures funéraires qui, à l'instar du masque, révèlent l'identité sociale et clanique du défunt.

Ces créations ne sont pas de simples œuvres d'art : elles constituent un système de droits vivant. Chaque forme sculptée appartient à un clan, qui en détient les secrets de conception et les transmet à ses successeurs.


La Villa Cachée - 27 Boulevard Extérieur, Nouméa. Ouvert du Mardi au Samedi : de 10H à 14H 
Exposition du — 18 juin au 11 juillet 2026